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École

L’école est un espace intermédiaire, un lieu de transition entre le cercle familial et le vaste monde. Après que la famille a assuré, autant que possible, une sécurité affective à l’enfant, l’une des missions de l’école est de lui faire découvrir la société des autres, de lui apprendre à « vivre ensemble ». L’école est ainsi le lieu privilégié de la socialisation politique et citoyenne. L’école n’est pas le monde, et l’éducation doit protéger l’enfant contre le monde afin même de le préparer à vivre dans le monde.

Dans la Grèce antique, le « pédagogue » était l’esclave qui conduisait l’enfant de la maison familiale à l’école de la Cité (du grec paidogôgos, de pais, pedos, enfant et agein, conduire). Cette démarche « éducative », ce voyage « pédagogique », conduisant l’enfant à l’extérieur de sa famille pour l’introduire dans la Cité, exprime bien que l’éducation a pour finalité de transmettre à l’élève les valeurs morales qui feront de lui un bon citoyen.

Ce sont les femmes et les hommes vertueux qui font la République ; mais qui éduquera à la vertu les enfants de la République ? Qui leur enseignera les exigences philosophiques et morales qui fondent la citoyenneté ? Essentiellement l’école. Une société démocratique ne peut être que laïque ; mais la laïcité ne saurait se définir négativement par le rejet de toute influence religieuse et idéologique. Elle doit se concevoir de manière positive, non seulement par le respect des convictions religieuses de chacun, mais aussi par l’enseignement d’une philosophie morale et politique qui institue les droits et les devoirs universels de l’homme et du citoyen. Trop souvent, le modèle laïc auquel il est fait référence pour concevoir l’éducation souffre d’un grave déficit philosophique. Selon la conception démocratique de la laïcité, toutes les idées ne sont pas « respectables ». Celles portant atteinte aux valeurs qui fondent la Déclaration universelle des droits de l’homme ne doivent pas être respectées. Elles doivent être récusées et combattues.

Les élèves d’une classe n’ont pas choisi de vivre ensemble. Ils ne sont pas volontaires et c’est le hasard qui les a rassemblés. Ils n’ont pas choisi non plus de se mettre sous l’autorité des enseignants. L’école n’est pas une communauté, mais une société, plus précisément une société à construire. Il va donc falloir, dès le premier jour de la rentrée, organiser le « vivre ensemble » des élèves et des enseignants. Dès que des individus vivent ensemble au sein d’une même collectivité, il leur faut élaborer des règles et les respecter pour rendre la vie commune possible. L’une des tâches essentielles des enseignants est de développer dans l’école une culture du respect qui seule pourra faire reculer la culture de la violence qui risque de prévaloir.

Préfigurant les lois de la société, ces règles déterminent les droits et les devoirs de chacun vis-à-vis des autres en visant à délégitimer la violence. Les lois précisent les termes d’un « contrat » qui lie entre eux les membres de la société scolaire. Elles doivent imposer des contraintes et des interdits qui fixent des limites aux enfants. L’enfant a besoin de se confronter à la contrainte de la loi pour se structurer.

Ainsi, non seulement « il est permis d’interdire », mais « il est obligatoire d’interdire ». Et le premier interdit, l’interdit primordial, l’interdit fondateur de la culture et de la civilisation, c’est l’interdit de la violence qui exprime l’exigence de non-violence.

La scolarisation risque d’être vécue par l’élève comme une « violence » qu’il subit, comme un système auquel il doit se soumettre. L’élève est là pour « apprendre », c’est-à-dire pour « prendre » un savoir qui lui est donné. Pour être un « bon élève », l’enfant doit « apprendre ses leçons » et « faire ses devoirs ». On impose à l’élève des « obligations de résultat » qui sont imposés à bien peu d’adultes. Pour « réussir », l’enfant doit « travailler », c’est-à-dire « faire des efforts » et « se donner de la peine ». Cela signifie qu’il doit « souffrir ». Et il sait que s’il n’obtient pas de bons résultats, il sera puni. L’enfant est donc non seulement « forcé » à apprendre et à travailler, mais il est obligé de réussir. Les maîtres ne veulent-ils pas lui « inculquer » des connaissances qu’on appelle des « matières » ? Inculquer signifie « faire entrer de force », plus précisément « faire pénétrer en tassant avec le talon » (du verbe latin inculcare, de calx, calcis, talon). Pour une part irréductible, cet apprentissage de l’enfant est vécu par lui sous le mode de la contrainte.

Pour le « mauvais élève » en situation d’échec scolaire, la contrainte de l’école est mal vécue et développe en lui un profond sentiment d’injustice. Traiter un enfant de « mauvais élève » c’est le désigner comme un « enfant mauvais », c’est porter sur lui un jugement de valeur qui l’enferme dans une image négative de lui-même qui l’humilie et le culpabilise. De même, il importe d’éviter toute confusion entre l’erreur et la faute. Pourquoi, en effet, parler de « faute d’orthographe », alors qu’il s’agit seulement d’une erreur technique sans aucune conséquence. L’enfant qui n’a pas su écrire un mot comme les adultes l’exigent n’est en rien « fautif ». Il n’a fait que contrevenir à une règle de grammaire, et n’a enfreint aucune règle morale. L’erreur peut être corrigée, mais l’élève ne doit pas être blâmé. S’il est un lieu où le « droit à l’erreur » doit être reconnu, c’est bien l’école. Apprendre, c’est corriger ses erreurs. « Errare humanum est ». Cela ne signifie pas seulement que l’erreur est humaine, mais qu’elle est « humanisante » : c’est en corrigeant ses erreurs que l’homme s’humanise. La compréhension de l’erreur éclaire et structure l’intelligence. Punir une erreur, c’est un abus de droit, un déni de justice. Et cela d’autant plus que la mauvaise note punitive est infligée en public, au vu et au su de tous les autres élèves. De même, l’enfant a le droit de ne pas comprendre. Qu’un élève n’ait pas compris, cela avertit qu’il faut lui fournir une meilleure explication. À travers l’échec scolaire, l’école, qui doit être le lieu privilégié de la socialisation, contribue elle-même à l’exclusion sociale. La sélection opérée à l’école est l’un des facteurs les plus puissants de la fracture sociale.

Le défi devant lequel l’enseignant se trouve placé est de faire comprendre à l’enfant qu’un tel travail « vaut la peine », de lui donner « envie d’apprendre » afin qu’il s’approprie ce qui lui est donné et qu’en définitive il éprouve du « plaisir à comprendre », qu’il connaisse l’immense joie de devenir « intelligent ». Et, en effet, l’enfant peut très bien prendre conscience que la transmission des connaissances par l’adulte est une étape essentielle dans la construction de sa personnalité. Ainsi il sera possible de réduire la « violence institutionnelle » que l’école fait subir à l’élève.

L’éducation doit apprendre l’obéissance à la loi ; mais celle-ci ne saurait résulter d’un rapport de domination-soumission entre l’adulte et l’enfant. Si le maître n’attendait de l’élève que la soumission, celui-ci n’aurait d’autre possibilité de s’exprimer que l’insoumission. L’autorité de l’adulte doit prévaloir, mais à travers un processus de communication et de dialogue. Il faut permettre à l’enfant de s’approprier l’espace scolaire comme un lieu où il a droit à la parole, où celle-ci est entendue et prise en compte.

Les éducateurs doivent eux-mêmes apprendre à donner des « leçons de choses » à partir des inévitables conflits qui opposent les enfants entre eux, afin de leur faire découvrir que ces moments d’opposition aux autres doivent s’intégrer dans le processus du développement de leur personnalité. Apprendre aux enfants à vivre le conflit, c’est leur apprendre à ne pas le fuir et leur faire comprendre qu’il est possible de le vivre et de le gérer de manière constructive. Le recours aux méthodes de la médiation peut être ici d’une grande utilité.

 

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